Mon malheur arabe

A travers un long périple, du Maghreb au Levant en passant par le Tchad, une analyse originale se dégage d’un récit personnel et émouvant. C’est l’histoire d’une dette individuelle et personnelle qui nous permet de mieux appréhender le rôle, ou en tout cas l’héritage problématique de l’empire français dans une partie du monde arabo-musulman complexe, hétéroclite et fascinant. La dette de l’auteur a pour origine la guerre d’Algérie, ce qui lui donne un caractère collectif, voire nationale. Il ne s’agit pas d’une repentance bien pensante mettant en exergue une flagellation mais d’une histoire commune, entre la France et ses anciennes colonies, entre l’auteur et ses étudiants libanais ou tchadiens, traversée par un devoir à rendre.

Nous l’avons dit, le point de départ est la guerre d’Algérie. Une guerre d’indépendance durant laquelle les Algériens se divisent, se déchirent et pour certains, participent aux opérations de « police » qui ne sont en fait que des opérations de guerre aux côtés des forces françaises. La situation est à bien des égards, d’une extrême difficulté pour de jeunes soldats français en proie si ce n’est à leurs idéaux, en tout cas à ce qui leur paraît juste ou injuste. Il est difficilement concevable pour les jeunes générations actuelles de se projeter dans un passé pourtant pas si lointain mais parfois peu glorieux. Il s’agit donc de partager cette mémoire sans affliction, sans rancœur ni remords. Se souvenir est vital, la rancœur est mortelle.

L’auteur se retrouve au cœur du djebel algérien, entre embuscades et marches exténuantes, entre des journées arides et des nuits glaciales. Les états d’âme n’ont pas leur place au front et le devoir national est un impératif. La vie, quant à elle, ne tient plus qu’à une balle, qu’à un face à face. C’est à l’orée d’une forêt et durant une marche de reconnaissance que l’auteur se retrouve face à l’ennemi, face au combattant et face à la mort. Le Fellagah, malgré son beretta pointé sur lui, épargnera l’auteur d’une mort annoncée mais pour autan il marquera au fer rouge son existence d’une dette indélébile. C’est ce que raconte « Mon malheur arabe ».

En 1990, tandis que la guerre civile au Liban n’est pas totalement finie, l’auteur, envoyé en mission par le quai d’Orsay, se rend à Beyrouth et renoue avec le malheur arabe enfoui au fond de ses cauchemars et qu’il retrouve au cœur de l’histoire des gens et des lieux qu’il rencontrent.

En se retirant les empires ottomans et français ont laissé place à des Unités politiques incertaines et difficiles à construire. Ainsi un confessionalisme meurtrier déchira et déchire le Liban, tandis qu’un autoritarisme violent s’est abattu sur l’Algérie, alors que le Tchad poursuit la quête douloureuse de son l’unité.

La France n’est pas coupable, mais porte en elle une responsabilité que l’auteur tente de faire valoir par un engagement auprès d’étudiants qui découvrent avec lui leurs villes et leur société du point de vue d’un bien commun fragile. Puisse cette conscience guider les futures élites présentes dans les jardins de l’université Saint Joseph de Beyrouth ou de l’hôpital de N’Djamena, puisse le malheur arabe s’éloigner d’eux tandis qu’ils s’approprieraient la « respublica » de leur société. Tel est le vœu de l’auteur.

Une certaine confusion entre les souvenirs, des symboles projetés en d’autres temps et d’autres lieux ne manqueront pas de troubler le lecteur et pourtant tout est imbriqué, tout est lié…

Des rezous du désert tchadien exposé par l’officier Durieux durant la guerre d’Algérie aux discussions avec Wissam Maalouf sur le chemin du Nahr el Kalb au Liban jusqu’à la porte des maghrébins à Jérusalem, les transitions permettent de tisser la toile d’un récit analytique riche en symboles et anecdotes qui à travers le tragique illustrent une puissance de vivre.

La présence récurrente du fellagah au cours du récit transforme les considérations sur le malheur arabe de Samir Kassir en « mon malheur arabe » de Jacques Beauchard.

Cet ouvrage est court (100 pages), peu onéreux (10 euros), et largement accessible alors cliquez et commandez !

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Jean-baptiste Beauchard

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